Objectif : lire la douleur dans le cerveau
Comment exprimer l’intensité d’une douleur avec précision? À l’heure actuelle, la seule façon de le faire, c’est par autoévaluation. « On doit croire le patient, parce qu’on n’a pas vraiment d’autres façons de valider sa douleur », résume Ke Peng, ingénieur au département de génie électrique et informatique de l’Université du Manitoba. Spécialiste en imagerie biomédicale, il fait partie d’un quatuor de chercheurs internationaux qui, comme d’autres équipes dans le monde, tente l’impossible : trouver un marqueur, une manière objective d’évaluer la douleur. Ke Peng souhaite approfondir les connaissances sur la douleur. Photo : Radio-Canada Interviewé à Boston, aux États-Unis, Ke Peng mène une expérience hors du commun pendant laquelle 100 volontaires souffrent pour la science. Quel est l’intérêt de trouver un marqueur spécifique à la douleur? Ke Peng et ses collègues visent une clientèle spécifique. De Montréal, des expertes de la douleur suivent avec intérêt les travaux menés à Boston. C’est le cas de la Dre Gabrielle Pagé, psychologue au Centre de recherche du CHUM. Le reportage de Danny Lemieux sur ce sujet sera présenté à l'émission Découverte diffusée dimanche à 18 h 30 (HNE) sur ICI Télé. Il sera disponible sur ICI TOU.TV dès 9 h. À Boston, Découverte a pu assister à une séance de L’analyse de la douleur se fait dans le cerveau, rappelle la Dre Aline Boulanger, directrice médicale du Centre de gestion de la douleur au CHUM. La Dre Aline Boulanger, directrice médicale du Centre de gestion de la douleur au CHUM Photo : Radio-Canada Dans le cerveau, une dizaine de zones sont impliquées dans l’analyse de la douleur. Certaines sont logées profondément dans cet organe alors que d’autres sont en surface. Tout le défi réside là, dit la Dre Pagé. À Boston, les chercheurs s’intéressent à deux zones en particulier : le cortex préfrontal et le cortex somato-sensoriel. C’est là qu’on espère trouver le signal objectif de la douleur. Du moins, en partie. Grâce à la souffrance des volontaires, des milliers de données seront générées. Pour obtenir un portrait fidèle de ce qui se passe, il faut établir le lien entre la perception de la douleur et la réaction du cerveau. Si cet outil pourrait éventuellement aider les personnes incapables de communiquer, il serait aussi fort utile pour les patients sous anesthésie générale. La recherche de Ke Peng est toujours en cours, mais déjà, la Dre Gabrielle Pagé entrevoit des questions éthiques. La Dre Gabrielle Pagé, psychologue au Centre de recherche du CHUM. Photo : Radio-Canada Elle poursuit : La douleur a elle-même de multiples dimensions, différents visages. On comprend pourquoi ce n’est pas demain qu’on parviendra à résoudre tous ses mystères.Nous pouvons, d’une certaine façon, évaluer la douleur en utilisant des signaux physiologiques comme le rythme cardiaque, la sudation ou la vasodilatation, rappelle-t-il. Même si ces signaux sont liés à la douleur, ils sont moins spécifiques.

Par exemple, dit-il, on pense aux patients qui présentent des déficits verbaux ou cognitifs, à des nourrissons aussi. Dans ces cas, disposer d'un moyen objectif d'évaluer leur douleur sera très utile pour savoir ce qu'ils ressentent.
En 2025, on n'est pas encore capables de lire les pensées des autres, donc objectiver la douleur devient très intéressant. Cependant, c'est un processus tellement complexe que ça reste un très grand défi.
torture
. Un volontaire porte un casque bardé de capteurs et d’émetteurs. La lumière émise permet en quelque sorte de lire les signes de la douleur dans le cerveau. À l’aide d’un dispositif thermique posé sur son poignet, on lui brûle la peau. Il doit évaluer l’intensité de la douleur ressentie. Pour des raisons éthiques, elle ne doit pas dépasser 7 sur une échelle de 10.C'est là que tous les mécanismes se sont additionnés pour que la personne puisse ressentir la douleur. Il y a plein de mécanismes qui modulent cette expérience. Parfois, la douleur est augmentée; parfois, c’est le contraire. Mais c'est vraiment le cerveau qui intégrera tout ça et qui amènera une perception. C’est pourquoi l'échelle de douleur à 8 sur 10 de monsieur A n'est pas la même que celle de monsieur B, à 8 sur 10.

Il faut essayer de comprendre comment se produit l’activation simultanée des différentes zones.
On ne peut pas suivre l’activité des structures cérébrales profondes, explique Ke Peng. Cela limite notre compréhension de la douleur. Par contre, des études précédentes suggèrent qu’avec les signaux provenant des zones préfrontale et somato-sensorielle, on peut obtenir un signal associé à la douleur.
Notre algorithme utilise les mesures du cortex préfrontal et somato-sensoriel couplées avec d'autres mesures physiologiques pour produire un résultat qui indique si le cerveau traite ou non la douleur
, explique Ke Peng.Avec notre algorithme, ajoute-t-il, nous espérons disposer d'une évaluation précise de la douleur durant les opérations afin de nous assurer que les analgésiques soient administrés adéquatement ou qu'on puisse mettre en œuvre des mesures supplémentaires pour un meilleur contrôle de la douleur.
Si on a un marqueur objectif qui fonctionne à 100 %, c’est super, mais s’il fonctionne 95 % du temps, qu'est ce qu'on fait avec les personnes qui disent qu'elles éprouvent de la douleur mais que, objectivement, aucun marqueur n’est détecté?

Si on découvre un marqueur objectif de la douleur, de quoi parle-t-on, précisément? De son intensité? De sa gravité? À quel point elle est désagréable ou limite-t-elle le fonctionnement?
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